Article de Jocelin Morisson sur son dernier ouvrage co-écrit avec Romuald Leterrier

se souvenir du futur
Publié le 26.02.2019 | Jocelin Morisson  | VERTICAL PROJECT MEDIA

Quand le grand psychiatre et psychanalyste suisse Carl Gustav Jung a élaboré le concept de « synchronicité » avec le physicien Wolfgang Pauli, il a parlé d’un lien « acausal » entre deux événements, l’un psychique et l’autre physique. C’est-à-dire qu’il s’établit entre une pensée, un questionnement ou autre, et quelque chose qui apparait sous nos yeux, une image, un symbole ou un slogan, un lien de « sens ». Aucun des deux événements n’est la cause de l’autre, mais ils sont reliés fortement par ce lien de sens pour celui qui en est le témoin. C’est d’ailleurs pourquoi les synchronicités sont souvent difficiles à raconter et à faire partager, car ce lien de sens n’est probant que pour la personne qui vit cette synchronicité, en lien avec un état d’esprit, une pensée ou une question précise qui lui est propre. Vu de l’extérieur, il est donc tentant de ne voir que des « coïncidences » dans ces manifestations et de les attribuer au « hasard ». Dans bien des cas, on peut en effet s’illusionner et « projeter » du sens sur un lien qui est en effet le fruit du hasard et qui n’a donc pas d’existence réelle. Mais encore faut-il savoir ce qu’on entend par cette notion de « hasard ». Les physiciens distinguent en effet aujourd’hui le hasard ordinaire et le hasard quantique. D’autres ont parlé de « hasard nécessaire » ou encore de « hasard objectif », de « hasard signifiant », etc. Dans tous les cas, c’est comme si le hasard était finalement lui-même porteur de sens, là où ce dernier devrait être absent.
 
L’illusion du temps

Un autre trait saillant des synchronicités est qu’elles semblent se produire par série. C’était l’une des premières observations faites à ce sujet par le biologiste Paul Kammerer qui, pour cette raison, avait baptisé le phénomène « sérialité ». Comme l’a souligné le physicien Philippe Guillemant dans ses propres travaux, les synchronicités surviennent en outre par série à des moments clés de nos existences, quand il s’agit de faire des choix et de prendre des décisions au niveau personnel ou professionnel. Tout se passe comme si du sens nous était donné, une réponse nous était apportée, par cette manifestation synchronistique. Mais d’où vient ce sens ? Jung a repris le concept alchimique d’Unus Mundus (monde unitaire) pour expliquer que ces manifestations sont une démonstration de l’unité ultime du physique et du psychique, du matériel et du spirituel. Et il faut bien que cette articulation entre les deux se fasse en l’homme, à travers une interface que Jung a appelée « psychoïde ». De ce point de vue, le sens dont est porteuse la synchronicité proviendrait de « l’autre côté », de « l’au-delà », du « moi supérieur », des anges, des guides ou autres entités surnaturelles. En réalité on peut aisément se passer de l’invocation de concepts religieux ou new-age plus ou moins fumeux. A l’époque de Jung, il n’était pas envisageable que le lien qui s’établit dans la synchronicité puisse avoir une nature « causale », parce que la conception qui prévalait aussi bien dans la physique classique que dans la physique quantique était qu’une cause précède toujours un effet. La flèche du temps était une notion indépassable et la notion de temps elle-même telle que nous l’éprouvons au quotidien semblait impossible à remettre en question. C’était là un acte insensé que de simplement l’envisager.
 
Lien « acausal » ou « rétrocausal » ?

Cependant, il en va autrement aujourd’hui. Le temps est décrit par les plus grands spécialistes de la physique quantique et thermodynamique comme une forme d’illusion, quelque chose qui n’a pas d’existence propre, mais qui n’est dû qu’à notre perception du monde, depuis notre point de vue irrémédiablement « immergé » dans ce monde. Sauf expériences exceptionnelles, états modifiés de conscience profonds, il nous est impossible de nous « extraire » de cette perception selon laquelle le temps s’écoule du passé vers le futur, un point c’est tout. Ce changement de nature du temps, qui lui fait perdre son caractère d’« absolu », remet en lumière un concept largement ignoré, mais pourtant proposé dès les années 1950 par le physicien Olivier Costa de Beauregard : la rétrocausalité. Ce terme désigne simplement des influences qui s’exerceraient « à rebours » du temps. Du présent vers le passé et aussi, naturellement, du futur vers le présent. Dans notre livre Se Souvenir du Futur, nous proposons avec Romuald Leterrier de nous appuyer sur cette notion, et les développements que lui a apporté Philippe Guillemant, pour envisager que les synchronicités soient bien l’effet d’une cause, mais qui vient du futur ! Les ateliers pratiques mis en place par Romuald et la multitude d’exemples issus de son expérience de terrain permettent d’illustrer cette hypothèse, qui est également soutenue non seulement par des travaux de physique de pointe, mais aussi par de très nombreux résultats d’expériences en neurosciences cognitives ou biologie. Le plus étonnant est que cela « boucle » aussi avec les enseignements immémoriaux issus des traditions primordiales du monde entier pour lesquelles, comme dans le modèle de Philippe Guillemant, l’espace-temps est « flexible ». Dans certaines circonstances, il semble que l’effet précède la cause, que le futur rétroagisse sur le passé, ou le présent, et qu’il agisse ainsi comme un « attracteur »… Les implications pour notre avenir individuel et collectif, pour les questions qui entourent encore les notions d’évolution, de guérison, ou du pouvoir de l’intention, sont vertigineuses.

se souvenir du futur

Romuald Leterrier et Jocelin Morisson nous offriront pour la première fois une conférence en tandem sur les thèmes de cet ouvrage qui ouvre des perspectives époustouflante quant à notre condition individuelle et collective !