Vers une spiritualité planétaire ?

spiritualité planétaire
Publié le 14.06.2016 | Par Daniel Robin, du collectif Vertical-Project.

1) La méditation comme base

Une spiritualité planétaire ne peut pas être une sorte d’extension planétaire d’une des grandes religions que nous connaissons déjà. Ce ne sera pas non plus une nouvelle religion, différente des autres, qui viendrait en quelque sorte se placer au-dessus d’elles pour les dominer. Ce ne sera pas une synthèse des religions existantes qui utiliserait leurs dogmes, leurs doctrines et leurs catéchismes en essayant de les fondre dans un tout cohérent. Cet exercice de "haute voltige" si je puis dire, me paraît peut probable à réaliser. Il y a trop de différences entre les systèmes religieux actuels pour pouvoir en tirer un nouveau credo qui satisfasse tout le monde. Une spiritualité de Type I ne pourrait d’ailleurs pas forcément prendre la forme d’une religion avec tout ce que cela suppose comme formalisme, rigidité et contraintes, mais simplement se présenter comme une discipline spirituelle nouvelle, souple, adaptable, sans dogme, et sans catéchisme. Ce pourrait être avant tout un enseignement basé sur la pratique de la méditation par exemple, et sur d’autres exercices corporels inspirés du yoga. Je pense tout particulièrement à l’ouvrage de Matthieu Ricard, intituléL’art de la méditation. Pourquoi méditer ? Sur quoi ? Comment ? (NIL Editions, 2008), qui montre le caractère universel, trans-religieux ou supra-religieux, d’une méditation fondée sur l’amour altruiste, la compassion, le développement des qualités humaines et les bienfaits que cette pratique apporte à chacun. Bien que les méthodes de méditation qu’il propose soient basées sur le bouddhisme, elles peuvent néanmoins être extraites de leur contexte religieux initial, et être utilisées par tout le monde.
 
En ce sens, les objectifs de la méditation ne concernent pas seulement les adeptes du Bouddhisme, mais tous les hommes de notre planète : « La raison d’être ultime de la méditation est de se transformer soi-même pour mieux transformer le monde, ou de devenir un être humain meilleur pour mieux servir les autres. Elle permet de donner à la vie son sens le plus noble » écrit Matthieu Ricard.
 
Les réflexions du philosophe Fabrice Midal sur l’extraordinaire essor de la méditation en occident vont dans le même sens : « Aujourd’hui, en Occident, la méditation se détache de son ancrage dans la religion Bouddhique. Méditer n’implique nullement porter une robe de moine, chanter des mantras, allumer de l’encens ou rejoindre un groupe religieux. Nombre de gens souhaitent s’y consacrer, sans chercher le moindre ancrage dans une religion ou même une tradition spirituelle. Le phénomène est d’autant plus surprenant qu’aujourd’hui nombre de maîtres bouddhistes partagent eux-mêmes cette analyse et désirent de plus en plus présenter leur tradition spirituelle en lui enlevant tous ses habits religieux » (Question de N°1, Méditation. L’aventure incontournable. Chapitre : La grande aventure de la méditation. Editions Albin Michel, 2015).

spiritualité planétaire
2) Retrouver le sens de la quête intérieure.

Dans une spiritualité planétaire, l’accent serait mis sur l’expérience réalisée par chaque individu, plutôt que sur des enseignements doctrinaux. L’important étant que chacun expérimente librement un enseignement spirituel, et puisse en vérifier les effets sur lui-même indépendamment de toute croyance religieuse. Un livre comme le Petit traité de vie intérieure de Frédéric Lenoir (Editions Plon, 2010) peut aussi fournir une bonne base pour mener une vie sage, équilibrée, conforme aux plus grands enseignements des traditions spirituelles et des écoles philosophiques. L’auteur considère à juste titre que « Pendant des millénaires, la religion a rempli ce rôle d’éducation de la vie intérieure. Force est de constater qu’elle le remplit de moins en moins. Non seulement parce qu’elle a, au moins en Europe, beaucoup moins d’influence sur les consciences, mais aussi parce qu’elle s’est rigidifiée. Elle offre le plus souvent du dogme et de la norme quand les individus sont en quête de sens. Elle édicte des credo et des règles qui ne parlent plus qu’à une minorité de fidèles. Elle ne parvient pas à renouveler son regard, son langage, ses méthodes, pour toucher l’âme de nos contemporains qui continuent pourtant de s’interroger sur l’énigme de leur existence et sur la manière de mener une vie bonne ». Face à l’indifférence grandissante de nos contemporains vis-à-vis de l’institution religieuse officielle, lePetit traité de vie intérieure peut combler un vide et servir de guide pour aborder les pratiques d’une discipline spirituelle située en dehors de tout courant religieux existant. De l’aveu de l’auteur, son traité « est le fruit d’une réflexion personnelle élaborée à partir des courants de sagesse philosophiques d’Orient et d’Occident, de la spiritualité chrétienne libérée de sa gangue normative et de la psychologie des profondeurs ».


3) Une spiritualité planétaire devrait être caractérisée par les traits suivants :
 
a) Elle devra s’adresser à l’ensemble des habitants de notre planète, quelle que soit leur culture, leur religion, leur tradition, et la région du globe où ils habitent. Elle ne rejettera personne. Elle cherchera l’unité, et évitera par tous les moyens le conflit. Elle respectera les croyances de chacun sans les juger.
 
b) Elle accordera la primauté à l’expérience personnelle, au travail sur soi, à la recherche de « quelque chose » qui se trouve à l’intérieur de soi, et à la transformation intérieure par la pratique d’une discipline.
 
c) L’expérience sera valorisée. Les individus seront moins invités à adhérer à un corpus de doctrines (dogmes, catéchismes) qu’à expérimenter une discipline destinée à les faire évoluer intérieurement.
 
d) La vérité ne sera pas imposée de l’extérieur comme une vérité révélée. Elle sera au contraire découverte par la progression intérieure de celui qui pratiquera la discipline. Le pratiquant devra être en mesure de vérifier par lui-même et sur lui-même les résultats de son travail ainsi que l’efficacité de la pratique.
 
e) La priorité sera donnée à la réflexion et à la raison pour aborder la discipline. Il ne sera pas demandé au pratiquant de croire sans recul - ni examen de sa part - à des énoncés théoriques.
 
f) L’étude des sciences (physique quantique, biologie, cosmologie, informatique, neurosciences, etc.) fera partie intégrante de la discipline. Une bonne connaissance de ces domaines de la recherche scientifique est aujourd’hui indispensable pour faire émerger la "troisième voie de la connaissance" (synthèse de la science et de la spiritualité) que j’ai évoqué plus haut.
 
g) La recherche de "passerelles" entre science et spiritualité sera l’un des fondements d’une spiritualité planétaire. Ces "asserelles" devraient conduire à une"troisième voie de la connaissance" dans laquelle science et spiritualité ne seraient plus opposées, mais se fonderaient en une synthèse supérieure. Il n’y aura plus d’opposition entre notre vie corporelle dans le monde physique et notre progression vers des états de conscience de plus en plus élevés. Il s’agira d’incarner pleinement sa vie spirituelle. Le but est de spiritualiser la matière c’est-à-dire d’incarner la spiritualité dans notre réalité matérielle. L’homme doit "réconcilier" le Ciel et la Terre, car il porte en lui-même ces deux pôles qui ne sont pas opposés.