Vers une civilisation planétaire (Type I) ?

civilisation planétaire Type I
Publié le 08.06.2016 | Par Daniel Robin, du collectif Vertical-Project.

1) Témoins et acteurs d'une formidable mutation.

Depuis l’aube de l’Humanité, les civilisations ce sont succèdées à la surface de notre globe.

Elles sont nées, elles se sont développées, elles ont brillé d’un plus ou moins bel éclat, et enfin, elles se sont éteintes en laissant aux générations futures un legs à la fois matériel, culturel et spirituel. Toutes ces civilisations se sont déployées sur un espace circonscrit, et elles ont vécu pendant une durée limitée. Nous pouvons donc dire que ces civilisations ont occupé une portion d’espace/temps précise et identifiable. La civilisation de l’Egypte Antique, par exemple, s’est déployée dans un espace qui était concentré le long du cours inférieur du Nil, dans ce qui constitue aujourd’hui l’Egypte, et elle a duré plus de 3000 ans (environ de -3150 à -31 avant J-C).
 
Un premier constat s’impose : aucune de ces anciennes civilisations ne s’est étendue à la Terre entière, et aucune n’était en mesure de vivre au-delà de quelques millénaires. De ce point de vue, l’Egypte Antique est l’une des civilisations qui a vécu le plus longtemps. La civilisation de la vallée de l’Indus, ou « civilisation harappéenne » (environ de -5000 à -1900 avant J-C) aurait eu une durée de vie similaire.
 
Ce destin des civilisations - c’est-à-dire naître, s’épanouir et mourir - était inéluctable, parce qu’il dépendait d’un stade particulier d’évolution de l’Humanité. Aujourd’hui, cette évolution nous a amené à nous étendre sur toute la Terre. Elle a aussi permit de développer des moyens matériels puissants qui nous relient les uns aux autres et créent des réseaux de dépendance qui agissent à l’échelle planétaire. Nous sommes les témoins et les acteurs d’une formidable mutation et d’un prodigieux bond évolutif de l’Humanité. Prenons-en la mesure, car c’est une chance même si des épreuves nous attendent.
 
Il faudrait vraiment être aveugle, ou de très mauvaise foi, pour ne pas être conscient de ce qui se passe sous nos yeux. En effet, pour la première fois depuis que L’Humanité existe, nous sommes sur le point de créer une civilisation planétaire.


2) La Terre, notre « arche » de l’espace.

Une civilisation planétaire est une civilisation qui occupe un espace aussi vaste que sa planète-mère, ou planète d’origine (pour nous la Terre).

Peut-être est-il nécessaire de rappeler quelques évidences et vérités que nos contemporains semblent avoir oubliées :

- Premièrement, souvenons-nous que notre Terre est le berceau de l’Humanité. La Terre est l’origine de notre vie matérielle et corporelle.

- Deuxièmement, la Terre représente nos racines les plus anciennes, la source de toute vie. Elle est le « socle » matériel de nos existences, le « ventre » dans lequel nous sommes nés. Nous sommes tous des « enfants » de la Terre.

- Troisièmement, si nous comprenions en profondeur cette relation organique que nous avons avec la Terre, voudrions-nous, dans ces conditions, et en toute conscience, faire du mal à notre Mère ? Je pense que non, car notre Mère nourricière est un être pour lequel nous éprouvons un amour immense. Pourtant, c’est ce que nous faisons aujourd’hui avec acharnement : nous agressons notre Mère la Terre, et nous la détruisons chaque jour davantage. C’est un crime.

- Quatrièmement, Nous ne devons jamais oublier que la Terre est ronde, que c’est un monde clos, fermé et fragile. Si nous faisons du mal à la Terre, nous nous faisons aussi du mal. C’est une logique simple et implacable. Au-delà d’un certain seuil, le mal que nous faisons à la Terre entraînera notre destruction. La Terre survivra, mais pas nous.

- Cinquièmement, la Terre est en quelque sorte notre vaisseau spatial, notre « arche » de l’espace, et nous sommes tous embarqués dans ce même « vaisseau » bleu qui vogue dans l’immensité interstellaire. C’est notre seul vaisseau. Il n’y en a pas d’autres.

- Sixièmement, il importe désormais d’avoir une vision planétaire de l’Humanité. Nous sommes tous citoyens du Monde, et nous devons être solidaires. Sinon, nous sommes condamnés à disparaître. Nous sommes condamnés à collaborer les uns avec les autres, c’est notre seule chance de survivre.


3) Voir le tout et la partie en même temps.

Nous ne pouvons plus nous contenter d’une vision parcellaire et éclatée des réalités de notre planète. Il est désormais urgent de penser « haut », « grand », et « loin ». Quand je dis qu’il faut penser « haut », je veux dire qu’il faut tenir compte de la dimension spirituelle humaine qui est une réalité incontournable, même si la science officielle contemporaine l’ignore. De même, penser « grand », c’est avoir une vision globale (planétaire) des enjeux qui se profilent dans les prochaines décennies. Une vision globale est une vision capable de voir en même temps le général et le particulier. C’est avoir une vue d’ensemble en tenant compte des éléments qui forment cet ensemble. Lorsque je dis que nous devrions avoir une vision globale - la vision globale d’un problème par exemple - cela signifie que nous devrions être capables de percevoir ce problème non seulement dans sa totalité, mais aussi dans ses composantes, aussi nombreuses soient-elles. Voir le tout et la partie en même temps, c’est la caractéristique essentielle de ce que j’appelle la vision globale.
 
Une civilisation planétaire est donc capable de gérer des problèmes globaux à l’échelle de la planète, mais aussi de respecter les traditions, les cultures, et les pratiques locales, sources de richesses et de diversités.


4) Portait d’une civilisation planétaire de Type I.

Le principe qui pose qu’il faut voir le tout et la partie en même temps, doit s’appliquer concrètement à la gestion d’une planète entière. C’est une évidence : la gestion d’une planète est un défi redoutable et complexe. Les terriens n’ont aucune expérience dans ce domaine, puisque c’est la première fois dans toute l’histoire de l’Humanité que nous parvenons à ce niveau de civilisation. Nous avons su gérer, tant bien que mal il faut le dire, et souvent plutôt mal que bien, des civilisations de Type 0 (civilisations proto-planétaires), mais les  règles de gestion du Type 0 peuvent-elles servir pour gérer une civilisation globale qui occupe une planète dans sa totalité ? La réponse doit se situer quelque par entre oui et non, c’est-à-dire que les règles de gestion précédentes pourront s’appliquer dans certaines limites et dans certaines conditions, mais il faudra aussi inventer un nouveau modèle de gestion. Pour les terriens c’est l’inconnu, et braver l’inconnu, n’est jamais une chose facile. En tout cas, ce qui est sûr, c’est qu’il va falloir faire preuve d’une grande capacité d’adaptation et d’innovation. Sans entrer dans le détail des règles de gestion d’une civilisation planétaire globale, nous allons cependant évoquer huit thèmes généraux qui pourront servir de tremplin pour ceux qui voudront s’engager par la suite dans une réflexion plus complexe : 
 
a) La gestion d’une civilisation planétaire nécessite la mise en place de programmes de développement globaux, c’est-à-dire à l’échelle de la planète entière. Ces programmes globaux seront initiés et exécutés par des organismes internationaux comme (exemples de trois organismes parmi de nombreux autres) : l’Organisation des Nation Unies (ONU), l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC), et l’Organisation de Coopération et de Développement Economiques (OCDE). Le développement planétaire signifie que tous les pays du monde son concernés par ce développement, aussi bien les pays riches du nord que les pays pauvres du sud. Ces derniers devront d’ailleurs rattraper leur retard en matière de développement économique pour profiter pleinement de la gestion globale. L’harmonisation globale du développement est une nécessité absolue pour éviter les disparités et les injustices qui sont des sources de conflits. Les objectifs de l’économie mondialisée seront d’assurer un niveau de vie satisfaisant à l’ensemble des habitants de notre planète en garantissant l’accès à un certain nombre ressources (naturelles et artificielles) nécessaires au maintien de ce niveau de vie. La première ressource indispensable à la vie est l’eau. Chaque habitant de notre planète devrait pouvoir accéder gratuitement, ou en payant une somme minime, à cette ressource vitale. La seconde ressource est l’air. Chaque habitant de notre planète devrait pouvoir respirer un air pur et non toxique. Ensuite viennent les ressources alimentaires qui devraient être équitablement réparties. Chaque habitant de notre planète devrait pourvoir se nourrir convenablement afin de vivre et de travailler dans de bonnes conditions. D’autres ressources, que je qualifierai d’ « artificielles » ou de non-naturelles, viennent compléter cette brève liste. Chaque habitant de notre planète devrait pourvoir en effet accéder aux services de soins, au logement, à l’éducation, à la culture, et à l’information.
 
b) La mise en place de programmes de développement globaux par des organismes internationaux qui devront représenter toutes les nations de la Terre, nécessite-t-elle la création d’une gouvernance mondiale ? On utilise le concept de gouvernance mondiale pour désigner l’ensemble des règles d’organisation des sociétés humaines à l’échelle de la planète. Un indice de gouvernance mondiale (IGM), développé en 2008, définit cinq champs clé à analyser pour déterminer dans quelle mesure un pays donné respecte les principes d’une bonne gouvernance mondiale. Ces cinq champs clés sont : la Paix, la Sécurité, la Démocratie, l’Etat de droit (les Droits de l’Homme, la Participation, le Développement Durable), et le Développement Humain.
 
J’envisage bien ici l’option d’une gouvernance mondiale et non pas celle d’un gouvernement mondial, c’est-à-dire un gouvernement mondial créé sur le modèle des gouvernements nationaux actuels, qui centraliserait le pouvoir entre les mains de quelques individus. Ce type d’organisation ne me paraît pas adapté à la gestion d’une planète entière.
 
A contrario, une gouvernance mondiale pourrait être une assemblée dans laquelle seraient réunis tous les représentants de toutes les nations et de tous les peuples de la Terre. Les grandes décisions ayant des impacts globaux seraient prises de façon collégiale par cette assemblée représentative.
 
Je suis conscient que la mise en place d’une assemblée représentative de cette importance n’est pas une chose aisée. L’exécution et la concrétisation des projets globaux pourraient être paralysées par l’impossibilité d’aboutir à un accord général du fait de la grande diversité des intérêts et des points de vue. Malgré les inconvénients qu’elle génère, une assemblée planétaire qui pourrait regrouper plusieurs centaines de membres, semble être une meilleure option qu’un gouvernement mondial, même si ce dernier est élu de façon démocratique.
 
Le terrible XXe siècle nous a montré toutes les faiblesses des gouvernements nationaux ainsi que les dérives vers des dictatures qu’ils pouvaient générer. Etant liés à un parti politique dont ils exécutent les directives, les gouvernements nationaux sont partisans et dirigent les affaires de leur pays en suivant les lignes directrices du parti qui les a porté au pouvoir. Bien souvent, l’intérêt particulier prime sur l’intérêt général. Transposée à une échelle internationale, cette façon de gouverner pourrait être catastrophique et entraîner de graves tensions.
 
c) La gestion d’une civilisation planétaire nécessite aussi la mondialisation des échanges économiques. Pour répartir équitablement les richesses de notre planète, il faut assurer la mondialisation des échanges économiques (matières premières, nourritures, médicaments, biens de consommation, capitaux), en préservant néanmoins les productions locales originales. La mondialisation des échanges économiques doit respecter les particularismes locaux et n’intervenir que pour assurer une répartition équitable des richesses à l’échelle de la planète. La mondialisation des échanges économiques ne doit pas être un outil au service de la spéculation et de l’enrichissement personnel, mais le moyen de satisfaire une demande croissante à l’échelle de la planète. Cette mondialisation des échanges économiques est déjà bien installée sur notre planète, mais il sera nécessaire de la modifier en profondeur car elle n’assure pas dans son état actuel le bien-être de tous les terriens. Trop préoccupée d’amasser des profits personnels, elle est la source de disparités et d’inégalités intolérables.
 
d) La gestion d’une civilisation globale nécessite la moralisation des comportements individuels et collectifs. Pour réaliser ses objectifs, une civilisation planétaire devra éradiquer de façon complète et définitive (drastique) les réseaux de corruption ainsi que le crime organisé (comme les diverses mafias par exemple). Elle devra abolir des régimes politiques totalitaires et supprimer toutes les formes de fanatisme, qu’ils soient religieux, politiques, nationalistes et ethniques. Pour avoir une action, efficace elle devra éliminer toute activité qui pourrait nuire à l’intérêt général de la civilisation. Les guerres, sources de misère et de malheurs, ne devront plus être que les très mauvais souvenirs de l’enfance tumultueuse de la civilisation planétaire.
 
e) 
Une civilisation planétaire devra se préoccuper de la gestion de l’environnement et des ressources naturelles. Il lui faudra mettre en place une gestion rigoureuse et planifiée - au niveau international - de l’environnement et des ressources naturelles disponibles. A ce niveau de gestion, le gaspillage et l’utilisation anarchique des ressources naturelles ne sera plus possible. Pour assurer l’avenir de la civilisation planétaire, les ressources naturelles devront être utilisées pour le développement global et non pas seulement pour enrichir quelques groupes privilégiés. Les ressources de notre planète n’appartiennent pas à des groupes isolés (pays ou compagnies privées), elles sont le bien commun de l’Humanité. (exemple de l’eau).
 
f) Une civilisation planétaire ne peut fonctionner que s’il existe une coopération globale entre tous ses membres et un respect général des valeurs spirituelles. Pour réaliser une civilisation planétaire, et pour que cette civilisation soit viable sur le long terme, il est nécessaire d’instaurer une coopération sans faille entre tous les membres de ce vaste et complexe édifice. Cette coopération globale suppose le respect de certaines valeurs spirituelles et morales fondamentales et la volonté commune de bâtir ce que nous appelons une « vraie civilisation », c’est-à-dire une civilisation basée sur le développement simultané des dimensions matérielles (biens de consommation, moyens de transport, technologies, villes, infrastructures routières, bâtiments administratifs, moyens de communication, usines, etc.) et surtout « immatérielles » (dimensions sociales, culturelles, artistiques, morales et spirituelles). Une civilisation planétaire digne de ce nom ne peut survivre dans un espace/temps aussi vaste sans respecter le Principe CEHV qui énonce que le développement « horizontal » d’une civilisation doit s’accompagner simultanément d’un développement « vertical » (voir le paragraphe 6 ci-dessous).
 
g) Une civilisation planétaire devra concevoir des programmes spatiaux ambitieux, et même planifier des voyages non-habités vers d’autres systèmes stellaires. Une civilisation planétaire de Type I est théoriquement capable de visiter toutes les planètes de son système stellaire de référence (pour nous, l’ensemble des planètes du Système Solaire). Elle possède une bonne connaissance de l’univers extérieur à son système, sans toutefois être parvenue à l’explorer systématiquement avec des vaisseaux habités car elle ne dispose pas encore de la technologie et de l’énergie nécessaires pour mener à bien des missions lointaines. Elle est néanmoins capable d’envoyer des sondes d’exploration vers d’autres systèmes stellaires.
 
h) Pour qu’une civilisation planétaire puisse voir le jour, il faut que nous réussissions la transition entre le Type 0 et le Type I. Si le passage entre le Type 0 et le Type I échoue, nous pouvons envisager la possibilité (dans le pire des cas) d’une régression au Type 0 inférieur, c’est-à-dire le retour à une civilisation de type pré-industrielle par exemple. Cette régression pourrait s’accompagner d’un morcellement accrue des populations avec un retour à une forme brutale de repli de type nationaliste. Il peut aussi se mettre en place une lutte entre les populations du globe pour la gestion des ressources naturelles devenues rares. Peut-être allons-nous assister dans les cinquante prochaines années à cet échec du passage d’une civilisation de Type 0 au Type I, avec comme conséquence un retour à un stade inférieur de civilisation. En tout cas, il ne fait aucun doute que nous sommes à un moment crucial de l’histoire de la civilisation humaine et que nos décisions - à très court - terme dans les domaines de l’énergie, de l’économie, et de la gestion des ressources naturelles, détermineront notre passage (ou notre non-passage) au Type I.

Daniel Robin, du collectif Vertical-Project.

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L'un des axes de la ligne éditoriale de Vertical-Project s’inspire de l’ouvrage "Civilisation Planétaire, le Projet Humain Global" dont vous trouverez les principaux thèmes exposés sur ce