Le projet humain global et la création de la noosphère

projet humain global

Une autre façon de penser pour construire un monde meilleur

Publié le 18.08.2016 | Par Daniel Robin, du collectif Vertical-Project.

Il ne suffit plus aujourd’hui de dire ce qui ne va pas dans le monde et de dénoncer les méfaits d’un système politico-économique à bout de souffle. Certes, informer nos contemporains sur les dysfonctionnements de ce système est une nécessité, mais il ne faut pas se limiter à cette activité, car nous avons des projets plus ambitieux à réaliser. Le médecin ne se contente pas de dire que vous êtes malade, il prescrit aussi un traitement pour vous guérir. Pour "guérir" le monde si je puis  dire, il importe avant-tout de changer notre façon de penser. C’est l’un des traitements que nous préconisons. Et pour commencer, il faut voir loin, c’est-à-dire construire une vision sur le long terme. Le concept de Projet Humain Global offre justement cette perspective ample et large qui fait cruellement défaut aux systèmes politiques actuels. Le Projet Humain Global replace l’homme dans un processus évolutif plus vaste, grandiose même, dont la finalité est d’instaurer la Noosphère sur la Terre.
  
1) Ce que n’est pas le Projet Humain Global.

Je souligne d’emblée que le Projet Humain Global n’a pas pour objectif de mettre en place une nouvelle doctrine économique ou de créer un nouveau système politique. Nous savons tous, désormais, ce que valent ces doctrines et ces systèmes politiques qui ne sont dans le fond que des idéologies (dans le sens de systèmes de croyances imposés d’autorité par un endoctrinement) qui ne servent que des intérêts particuliers, même si ces systèmes prétendent vouloir le bien des électeurs, des citoyens, du peuple, du prolétariat, etc. Nous savons maintenant que pour se faire élire, un homme politique serait prêt à "décrocher la Lune" pour nous. Comment pouvons-nous encore croire à leurs promesses ? Quel monde ont-ils façonné jusqu’à présent ? Ont-ils encore une quelconque utilité de nos jours ? Et si oui, peuvent-ils changer le cours des événements.

Que ce soit le capitalisme, le libéralisme ou le socialisme, et nous ne parlons même pas des systèmes totalitaires et des dictatures comme le nazisme et le communisme (Mao à lui tout seul a été le responsable de près 50 millions de morts), aucun de ces systèmes politiques n’a été en mesure, et ne sera jamais capable - à plus ou moins brève échéance - d’apporter les réponses adéquates aux questions cruciales qui préoccupent nos contemporains. Et nous nous apercevons que toutes ces questions peuvent se résumer en une seule : quel est l’avenir de notre civilisation ?
Quand je parle de civilisation, je n’ai pas seulement à l’esprit la civilisation occidentale (Amérique et Europe), mais bien cette civilisation planétaire qui n’en est encore qu’à ses balbutiements et qui est comme un vaste courant qui emporte avec lui tous les peuples de la Terre.

Force est de constater qu’aucune des idéologies que je viens d’énumérer n’est en mesure de résoudre les énormes difficultés qui vont se présenter à nous dans un futur proche.

Le Projet Humain Global n’est donc ni de gauche, ni de droite, ni du centre.

Le Projet Humain Global n’est ni un système politique, ni une doctrine philosophique.

Ce n’est ni une théorie économique nouvelle, ni une utopie futuriste, ni une croyance "new âge", ni une nouvelle religion, ni une spéculation intellectuelle.

Il se situe bien au-delà de toutes ces constructions intellectuelles humaines contingentes, aussi brillantes et sophistiquées fussent-elles.

2) Définition du Projet Humain Global.

Je définis le Projet Humain Global comme la mise en œuvre consciente de tout le potentiel humain, à la fois individuel et collectif, afin de réaliser un objectif évolutif d’envergure planétaire. C’est, j’en conviens, une première définition qui est très générale et qui nécessite bien évidemment de plus amples explications tant au niveau conceptuel que sur le plan pratique.

Par potentiel humain je ne considère pas seulement les capacités intellectuelles (le mental) de l’être humain, mais tout son "bagage" psycho-spirituel qui comporte selon moi trois aspects (niveaux ou degrés) fondamentaux : son corps physique, son âme (psychisme), et son Esprit (conscience).

Le Projet Humain Global est né dès que l’homme est apparu sur notre planète.

Il est le fil conducteur (le "fil d’Ariane") de l’histoire de l’Humanité, depuis la préhistoire jusqu’à nos jours. Il est "l’Attracteur" vers lequel se dirige l’évolution humaine et la mise en œuvre de tous les moyens dont nous disposons pour l’atteindre.

Il est le moyen, la voie, et le but.

Il est le "moteur" de notre marche ascensionnelle vers toujours plus de perfection spirituelle. Mais cette ascension n’est pas une ligne droite qui mène directement au but. C’est plutôt une route sinueuse, faite de courbes, de montées et de descentes, d’accélérations brutales et de piétinements. Comme sur toutes les routes, il y a des étapes et des cols qui marquent des changements de régions, de climats, et de paysages.

C’est exactement la même chose pour le Projet Humain Global : il y a des "hauts" et des "bas", des "montagnes" et des "plaines", des "déserts" et des "jungles", des "frontières" et des "passages" à haut risque.

Il se trouve justement que nous traversons aujourd’hui une zone de grande turbulence (vent, brouillard, neige, visibilité nulle), et que nous sommes en train de franchir un "col" particulièrement difficile. Le "paysage" se transforme rapidement et il va falloir nous adapter. C’est une question de survie pour l’humanité dans son ensemble.

3) Changer de priorités.

Nous devons donc réaliser, individuellement et collectivement, que les temps changent. Nos anciennes façons de nous comporter avec nos semblables sont devenues obsolètes et même dangereuses. Cessons d’être des prédateurs pour notre espèce.

Nos priorités doivent changer : dorénavant, il ne s’agit plus de faire de "bonnes affaires" en spéculant sur le cours des matières premières, des sources d’énergie, et des denrées alimentaires.

Il ne s’agit plus de s’enrichir et d’acquérir du pouvoir en laissant dans la misère une grande partie de l’Humanité.
Il ne s’agit plus, non plus, de piller la planète et de saccager nos précieuses ressources naturelles pour satisfaire nos lubies du moment, ni d’assouvir les appétits insatiables de quelques privilégiés.

Il ne s’agit plus d’amasser de l’argent et de bâtir des fortunes.

Il ne s’agit plus d’aliéner son prochain pour asseoir son pouvoir égoïste.

Il ne s’agit plus d’instaurer un Nouvel Ordre Mondial (NOM) destiné à asservir les peuples et à imposer une société totalitaire qui de toute façon serait vouée à une autodestruction certaine à plus ou moins brève échéance.
Le but de l’évolution de la vie sur notre planète est-il de créer des traders en costume trois pièce assis devant leurs écrans d’ordinateur et qui passent leur temps à acheter et vendre des produits financiers toxiques ?

La Terre a-t-elle patiemment forgée la faune et la flore pendant 4,5 milliards d’années pour aboutir, à la fin de ce long et complexe processus, à la domination d’un prédateur sans scrupule (exemples de prédateurs : le trader, le banquier d’affaires, le mafieux, le dictateur) prêt à sacrifier ses congénères pour satisfaire son appétit insatiable de l’argent et/ou du pouvoir ? Est-ce cela le sommet de la perfection sur Terre ?

Est-ce ce modèle que nous voulons suivre ?

Le Projet Humain Global n’est rien de tout ce que nous venons d’énumérer. Ce que nous pouvons dire en revanche, c’est que le Projet Humain Global concerne l’évolution de l’Humanité sur le long terme, et même sur le très long terme.

Le centre de gravité de son action est l’élévation des êtres humains vers des états d’être et de conscience supérieurs. Son but avoué est d’instaurer la Noosphère sur la Terre, c’est-à-dire une sphère de conscience et d’amour.

conscience planetaire
projet de conscience planetaire
Ci-dessus : La Terre a-t-elle patiemment forgée la faune et la flore pendant 4,5 milliards d’années pour aboutir, à la fin de ce long et complexe processus, à la domination de « prédateurs » du genre humain. Des prédateurs sans scrupule qui n’ont plus aucune notion de ce qu’est la vie et plus aucune conscience de son caractère sacrée. Le terme de l’évolution humaine, son aboutissement final, serait-il incarné par le trader, le spéculateur et le banquier d’affaires ? Est-ce cela le sommet de la perfection sur Terre ? N’avons nous pas d’autres modèles à suivre pour changer le monde ?

4) Le Projet Humain Global propose une perspective évolutive sur le long terme.

Définir dans les détails un projet aussi vaste et aussi profond, n’est pas une tâche aisée. Tout ce que nous pouvons faire dans une premier temps c’est esquisser ses grandes lignes et ses fondements.

Pour les lecteurs qui souhaitent aller plus loin dans la compréhension de ce qu’est le Projet Humain Global, je leur propose la lecture de mon livre, Civilisation Planétaire, le Projet Humain Global (Les éditions Québec-Livres, mars 2016).

Nous venons de voir plus haut ce qu’il n’est pas, il nous reste donc à préciser ce qu’il est.

Il faut déjà comprendre que ce qui est en jeu c’est l’avenir de l’Humanité et sa survie. Ce n’est pas rien.

Avec le Projet Humain Global, nous ne sommes plus dans une perspective à court terme, mais nous nous projetons dans un futur lointain.

Nous ne sommes plus dans le domaine de la politique qui gère les affaires humaines sur des périodes de quelques années ou même de quelques mois seulement, nous nous élevons au contraire d’un cran et nous élargissons notre vision sur des périodes de temps qui peuvent s’étaler sur des siècles et même sur des millénaires.

Avec le Projet Humain Global nous dépassons le court terme, les échéances immédiates, et nous nous projetons dans le long terme.

Nous constatons que ce qui manque cruellement aux systèmes politiques actuels c’est une vision ample, large et profonde de l’avenir de l’Humanité. Ce dont nous avons besoin c’est d’une science de l’avenir dont le père Teilhard de Chardin avait été l’initiateur (voir la préface de N. M. Wildiers dans son ouvrage L’Avenir de L’Homme, 1959).

Nous sommes submergés par un pessimisme ambiant qui oriente notre pensée dans une direction qui est mortifère. Beaucoup de nos contemporains sont convaincus que nous nous dirigeons tout droit vers une sorte de "précipice" et que nous ne pourrons pas éviter la catastrophe finale.

Certes, cette façon d’apprécier la situation actuelle n’est pas complètement fausse, car les difficultés de tous ordres qui s’annoncent sont bien réelles (problèmes liés à la pollution, à l’environnement, aux matières premières, à l’eau douce, à la surpopulation, aux énergies, etc.), mais, selon nous, cette vision est limitée. En aucun cas elle ne peut nous satisfaire et devenir notre seule façon de penser le monde. Il faut que nous fassions l’effort de dépasser le pessimisme général qui est s’érigé en un système de pensée unique. 

Il est évident que nous avons besoin d’une autre représentation de notre condition et d’une autre approche pour nous en sortir. Il faut que nous changions de signe.

Nous nous sommes enfoncés très loin dans le négatif ( - - - ) et nous devons maintenant remonter vers le positif ( + + + ).

Je crois que nous sommes sur le point de franchir une sorte de seuil évolutif. 

Le Projet Humain Global représente le but que nous devons nous fixer si nous voulons franchir dans de bonnes conditions ce passage qui s’avère périlleux vers une nouvelle forme de civilisation.

Si nous le voulons vraiment, nous pouvons faire en sorte que l’avenir de l’Humanité soit grandiose. Pour cela, nous devons élever nos esprits, sortir du pessimisme ambiant dans lequel nous nous enfermons chaque jour davantage et nous fixer des buts nobles, c’est-à-dire à la hauteur de l’immense potentiel qui est en nous.

Ci-dessus : Représentation graphique simplifiée de la courbe évolutive humaine. C’est l’illustration graphique de l’expression "en haut" et "en avant" de Teilhard de Chardin (illustration : Daniel Robin).

5) Traditions religieuses et nouvelle spiritualité.

Le Projet Humain Global vise à l’unification de l’Humanité et non pas à son uniformisation (contrairement à la mondialisation actuelle).

Dans le Projet Humain Global, toutes les traditions (religieuses ou laïcs), et tous les particularismes locaux (langues, coutumes, façons de s’habiller et de manger, etc.), seront préservées et même cultivées. Il ne faut cependant pas occulter la question de l’avenir des traditions religieuses particulières (religions, écoles de sagesse, voies de réalisation spirituelle, etc.) dans un monde globalisé où les mouvements unificateurs et les tendances qui tendent vers la convergence des aspirations spirituelles domineront les anciennes attitudes conservatrices, figées dans des dogmatismes et des formalismes périmés. La préservation des traditions religieuses particulières s’accompagnera donc de l’émergence d’une spiritualité universelle qui pourrait à la fois les couronner, les englober et les dépasser, mais aussi en être le cœur et le noyau unificateur. Dans un premier temps, ces anciennes traditions pourraient coexister sans difficulté avec la nouvelle spiritualité, mais sur le long terme, c’est évidemment cette dernière qui pourrait avoir le dernier mot. Il me semble en effet évident, qu’une tradition religieuse particulière, qui par définition est spécifique à une époque donnée et à un espace circonscrit, ne peut en aucun cas remplir une fonction spirituelle universelle au sein d’une civilisation globale de Type I.

A ce niveau, les religions doivent nécessairement céder la place à une forme de spiritualité ouverte à tous les hommes, quelles que soient leurs origines géographiques, ethniques et culturelles.

En ce qui concerne l’unification des diversités et des particularismes, rappelons que dans la pensée du père Teilhard de Chardin, l’"union différencie". Les éléments séparés qui s’unissent en un tout cohérent, loin d’y perdre leurs caractères propres, se différencient et gardent leur spécificité. Dans le processus de convergence, qui est le moteur de la Noosphère, les éléments individualisés acquièrent un surcroît de diversité. Ce principe s’applique dès le niveau de la particule et de la cellule : « Les cellules sont d’autant plus spécialisées qu’elles appartiennent à un être plus élevé dans la série animale ».

En ce qui concerne les individus humains, Teilhard de Chardin rappelle que : « L’union différencie. Les parties se perfectionnent et s’achèvent dans tout ensemble organisé. C’est pour avoir négligé cette règle universelle que tant de panthéismes nous ont égarés dans le culte d’un Grand Tout où les individus étaient censés se perdre comme une goutte d’eau, se dissoudre comme un grain de sel dans la mer ».

Ce qui se vérifie au niveau des particules, des cellules et des individualités humaines, peut aussi l’être au niveau des religions. Loin de les affaiblir intérieurement, l’abandon de leur formalisme extérieur, figé et donc inadapté, pourrait être au contraire pour elles l’occasion de se fortifier dans un dépassement salutaire au sein d’une spiritualité nouvelle s’adressant à tous les hommes.

Nous voyons aujourd’hui où conduisent les attitudes rétrogrades dans la façon de concevoir et de pratiquer les religions. La crispation sur le formalisme extérieur et l’incompréhension totale de ce qu’est fondamentalement une religion génèrent des comportements violents et sectaires. La croyance dans le fait qu’une religion particulière pourrait s’imposer à tous les peuples de la terre, sans distinction, est une source directe de conflits permanents et insolubles. Cette attitude est révélatrice d’une réelle méconnaissance de l’essence profonde  des religions. C’est une façon grossière et superficielle de se représenter leur fonction, leur rôle civilisateur, qui ne peut s’exercer que dans un espace et un temps circonscrits.

6) Une étape essentielle : la Noosphère.

Le Projet Humain Global vise l’intégration consciente de tous les aspects de la vie humaine dans une unité supérieure.

L’Humanité, unifiée dans la diversité, deviendra alors une entité globale ayant un devenir évolutif sur le très long terme.

Le Projet Humain Global implique une transformation mentale, psychique et spirituelle de l’Humanité.
Il ne s’agit plus seulement d’assurer notre confort matériel et de préserver notre niveau de vie actuel. Le but est autrement plus élevé et exigeant.

En son temps, Teilhard de Chardin évoquait le concept de Noosphère pour désigner cet ensemble unifié des consciences humaines. En ce sens, l’établissement de la Noosphère est l’une des étapes essentielles (une priorité même) du Projet Humain Global .

Il faut aussi prendre conscience que la Noosphère dont nous parlons n’est pas un concept philosophique abstrait : sa réalité est sur le point d’être démontrée expérimentalement par des scientifiques.

Depuis 1998, en effet, une expérience extraordinaire (Global Consciousness Project) menée au sein de la prestigieuse université de Princeton (New Jersey, Etats-Unis), est sur le point de démontrer que les consciences humaines sont toutes reliées les unes aux autres par une sorte de lien invisible.

Les consciences seraient connectées entre elles à un niveau que j’appelle le "surconscient" qui est situé au-delà de la conscience ordinaire de veille chez l’individu.

Si les résultats obtenus par les chercheurs de Princeton se confirment, cela représentera une découverte extraordinaire qui devrait déboucher sur une nouvelle façon de concevoir la nature de la conscience au niveau collectif.

Pour le moment, les scientifiques américains, initiateurs de ce projet, n’en sont encore qu’au stade expérimental.
Cependant, si les résultats se confirmaient, ce serait la preuve que la convergence des consciences humaine à un niveau supérieur n’est pas qu’un concept abstrait, mais qu’elle repose, au contraire, sur des faits concrets établis scientifiquement.

Cela prouverait en définitive l’existence de la Noosphère.

Dans son livre, Super Pouvoirs, enquêtes les facultés humaines extraordinaires (InterEditions, INREES, 2014), Dean Radin interprète les résultats du Global Consciousness Project de cette façon : « Cela veut dire que lorsqu’une proportion importante de la population de la planète focalise son attention mentale sur le même événement, alors la quantité de cohérence physique dans le monde augmente. Ces épisodes de cohérence physique inhabituelle ne se limitent pas aux données des générateurs aléatoires de nombres ; en théorie, ces épisodes de cohérence pourraient tout affecter (toutes nos machines, et peut-être la réalité matérielle elle-même - note de l’auteur), pour peu qu’on admette la justesse de cette idée de champ de conscience ».

La découverte Dean a fait grand bruit dans les milieux scientifiques, car elle bouscule quelques présupposés bien ancrés chez les savants matérialistes sur la nature et les possibilités de la conscience humaine.

Ces premiers résultats montrent à l’évidence que le monde physique et le monde de l’esprit humain sont liés par une relation qui reste mystérieuse, mais dont les effets sont bien réels.

Avec ce projet prometteur, il semblerait que nous commencions à explorer de nouveaux territoires de la conscience humaine.

Les résultats expérimentaux montrent que la Noosphère serait aussi capable d’anticiper des événements catastrophiques de grande ampleur.

Aurait-elle le pouvoir de modeler à sa guise le cours des choses ?

Si la réponse est oui, alors cela ouvre des perspectives fascinantes sur la façon dont nous allons pouvoir gérer notre évolution dans un avenir plus ou moins proche.

Nous pouvons imaginer par exemple, qu’en focalisant les consciences de milliards d’êtres humains vers un objectif commun, nous pourrions peut-être modifier nos conditions d’existence et d’environnement pour parvenir à le réaliser.

A l’instar de la biosphère végétale et animal qui a bouleversé les paysages de notre planète, la Noosphère serait capable de modifier l’espace, le temps, la matière, l’énergie et l’information, en vue de produire un résultat précis.
Nous passerions alors à un nouveau stade de notre évolution qui verrait la Terre et l’Homme façonnés par la volonté d’une conscience globale, la Noosphère.
 
Voir sur notre article sur le Global Consciousness Project.

Le site du Global Consciousness Project (en français).


Ci-dessus : les trois principales couches évolutives successives à la surface de la Terre. La première couche est le substrat primitif, incarné par la lithosphère, la sphère dure et solide qui est la couche de « pierre » (tout en bas dans la figure). Au milieu se déploie la seconde couche de la biosphère végétale et animale qui a façonné la surface de notre planète pendant des millions d’années. En haut, la troisième couche est représentée par la Noosphère (du grec noos qui signifie psyché) qui est la couche des consciences humaines connectées et agissantes de concert vers des buts communs. C’est la couche la plus ténue, la plus fine et la plus subtile. C’est aussi la couche la plus fragile. La couche supérieure Noosphèrique est une sorte de « nappe » pensante qui prélude à l’union spirituelle de tous les centres spirituels humains.

7) Noosphère et civilisation planétaire.

Le concept de Noosphère est particulièrement bien adapté pour envisager la construction d’une civilisation planétaire dans ses dimensions spatiotemporelles (horizontales) et spirituelles (verticales).

Bien que difficile à définir d’un point de vue scientifique, la notion de Noosphère offre cependant la formidable opportunité d’ouvrir une perspective évolutionniste qui englobe toutes les dimensions de l’être humain et pas seulement son aspect physique (squelette, cerveau, etc.).

Le Père Pierre Teilhard de Chardin, jésuite et paléontologiste français, définissait ainsi la Noosphère : « considérée dans sa totalité zoologique, l’Humanité offre le spectacle unique d’un phylum se synthétisant organo-psychiquement sur lui-même. Vraiment une corpusculisation et une centration sur soi de la Noosphère comme un Tout (Sommaire de ma perspective phénoménologique du Monde, 1954, Tome 11, 234). La Noosphère est constituée d’individualités pensantes qui doivent entrer dans la profondeur radiale d’une communion de consciences, et non se contenter d’une agrégation d’individus sous les poussées tangentielles de l’histoire, qu’elles soient démographique, technologiques, économiques ou communautaristes… Nous n’avons pas encore idée de la grandeur des effets Noosphériques. La résonance de millions de vibrations humaines… Le produit collectif et additif d’un million d’années de pensée… Avons-nous jamais essayé d’imaginer ce que ces grandeurs représentent ?... Une collectivité humanisée de consciences… La Terre qui ne se couvre pas seulement de myriades de grains de pensée mais s’enveloppe dans une seule enveloppe pensante jusqu’à former un unique et vaste Grain de pensée à l’échelle sidérale (Phénomène Humain I, 205). Si invraisemblable que cette proposition paraisse, l’Univers ne peut être pensé en pleine cohérence avec les exigences externes et internes de l’anthropogenèse, sans prendre la forme d’un milieu psychique convergent. Il s’achève nécessairement vers l’avant, en quelque pôle de super-conscience où se survivent et « supervivent » tous les grains personnalisés de conscience. Il culmine en un Point Oméga (IX, 208) ».

Le Point Oméga est donc le pôle de convergence de l’évolution et des consciences humaines. Cette coalescence suppose que chaque centre, ou conscience spirituelle individuelle, entre en symbiose toujours plus étroite avec l’ensemble des consciences communicantes, le tout formant à terme la Noosphère. L’identification non homogénéisante du tout au sujet et du sujet au tout, entraîne un accroissement de conscience, dont le Point Oméga forme le pôle d’attraction à l’échelle individuelle et collective.

Annonçant d’une certaine façon le monde global que nous connaissons aujourd’hui (mais pas du tout la mondialisation économique moderne, le NOM), Teilhard de Chardin développe la notion de Noosphère qu’il emprunte à Vernadsky pour conceptualiser une pellicule de pensée et de conscience humaine située au sommet de l’évolution de l’Humanité.

8) Le processus de convergence.

Teilhard de Chardin a spéculé sur l’idée d’une unification croissante des activités intellectuelles et spirituelles de notre planète. Cette unification est une convergence de ces activités vers un point unique. Ce concept de convergence se déduit de l’observation générale des activités humaines qui semblent se diriger vers une unification planétaire globale.

Il faut dire cependant, que toutes les activités humaines ne sont pas convergentes. Certaines vont dans le sens de l’unification (communication, coopération, échanges, organismes internationaux, etc.), et d’autres vont dans le sens de la dispersion et de l’éclatement (guerres, génocides, attentats, guerre économique, sectarisme religieux, etc.).

Pour les matérialistes, cette unification n’est pas à rechercher dans une sorte de cause « mystique » ou spirituelle, mais simplement parce que les gains d’efficacité y conduisent aussi sûrement que - par exemple - des variations de potentiel conduisent une réaction chimique à se produire, ou des atomes de deutérium à fusionner, si la température le permet. Pour les matérialistes il s’agit d’un mécanisme évolutif naturel qui n’a rien de mystérieux, il pourrait s’assimiler à la manifestation d’un simple instinct grégaire.

Au niveau de l’Humanité, il est facile de constater que le processus de convergence est constamment à l’œuvre. Il suffit de regarder comment s’est effectuée tout au long des âges la formation de structures sociales toujours plus complexes agrégeant un nombre toujours plus important d’êtres humains.

Du clan préhistorique (ensemble de familles associées par une parenté réelle ou fictive), jusqu’à la moderne Union Européenne, nous assistons à la lente mais irrésistible action d’une force de cohésion et de convergence qui attire les êtres humains les uns vers les autres. La caractéristique essentielle de l’être humain est sa capacité à vivre en société. Hors de la société, il perd son humanité. Seul, il meurt. C’est au sein du groupe qu’il peut exprimer son humanité.

Du groupe le plus simple au groupe le plus complexe, la force de convergence et de cohésion sociale agit à l’intérieur, non seulement de l’individu considéré comme l’unité de base du groupe, mais aussi à l’intérieur de la nouvelle entité formée par le groupe qui représente plus que le somme de ces unités individualisées. Le groupe est une entité à part entière, et depuis des millénaires cette entité n’a pas cessé de croître. En grandissant, elle s’est forgé une "conscience" ou une "âme" qui est née de la convergence des consciences humaines individuelles.
 
9) Le pouvoir des égrégores.

D’une certaine façon, cette "âme" collective autonome forme un égrégore, c’est-à-dire un esprit de groupe, une entité psychique, produite et influencée par les aspirations, les émotions, et les désirs d’individus unis par objectif et un idéal commun.

Pour Alain Brêthes, psychologue et spécialiste des symboles, « les égrégores féconds sont ceux qui élèvent la conscience, qui s’efforcent d’unir et de rassembler, qui expriment des valeurs de justice, d’équité et de bienveillance. Ce sont des énergies utiles à la communauté mondiale, qui prennent la forme de courants de psychologie humaniste, d’associations humanitaires ou de mouvements spirituels contemporains » (source INREES).

Il existe aussi différentes catégories d’égrégores dont les caractéristiques varient en fonction des critères suivants :

.a) Nombre et qualité des individus qui forment le groupe.

.b) Durée pendant laquelle ces individus sont unis par un même objectif et/ou partagent les mêmes valeurs.

.c) Puissance des symboles qui incarnent cet objectif ou ces valeurs.

.d) Puissance des motivations et des intentions qui animent chaque individu du groupe.  

.e) Puissance charismatique des leaders qui animent le groupe.

.f) Intensité de la force de cohésion du groupe.

.g) Capacité du groupe à faire face aux forces de dissolution extérieures.

En fonction de ces critères, nous pouvons évaluer la puissance d’un égrégore et faire la différence entre : une bande de copains, une association de quartier, un parti politique, une société secrète et une religion. Les égrégores de ces différents groupes humains ne se situent pas au même niveau, et leur force d’influence n’est pas la même.

D’une certaine façon, la Noosphère pourrait être assimilée à une sorte d’égrégore positif situé au niveau planétaire, bien que Teilhard de Chardin n’ait jamais utilisé ce terme.

Si nous acceptons d’établir cette comparaison, l’égrégore Noosphérique serait la plus puissante des égrégores puisqu’elle regrouperait une grande partie des êtres humains de notre planète.

Il faut cependant nuancer cette comparaison dans la mesure où l’égrégore relève presque exclusivement du domaine psychique intermédiaire (émotions, sentiments, désirs, aspirations, etc.) alors que la Noosphère touche au domaine de l’Esprit et s’élève vers des niveaux de conscience théoriquement inaccessibles à l’égrégore. 
Ci-dessus : Le cône de convergence et la pyramide illustrant la montée de la complexité. Dans cette figure, la pyramide de la complexité converge en direction du Point Oméga situé à son sommet. De l’énergie/information formant la base de notre réalité, jusqu’à la Noosphère, nous assistons à une complexification des formes et des structures. Cette complexification est accompagnée par un phénomène de convergence vers une « forme ultime » à la fois ultra-complexe et ultrasimple, que nous appelons le Point Oméga qui est le point de convergence ultime de toutes les consciences humaines. 

10) La communication : un exemple d’activité convergente.

L’activité convergente exemplaire est celle de la communication et de l’échange de l’information au niveau planétaire.

Internet est un espace d’échanges et de communication sans précédent dans l’histoire de l’Humanité. Toutes ces caractéristiques font qu’Internet peut être considéré comme moteur de l’évolution et aussi l’un des outils de développement de la Noosphère.

De ce point de vue, la tentation est grande pour certains de vouloir établir un lien entre le réseau Internet et le concept de Noosphère. Il est indéniable, en effet, que le réseau Internet s’inscrit dans un large mouvement de convergence à l’échelle planétaire et qu’il participe, à sa manière, à l’établissement de la Noosphère.

Il faut cependant nuancer ce rapprochement et mettre en avant le fait que le monde de l’Internet ne correspond pas tout à fait à la réalité de la Noosphère.

Internet est un outil matériel qui permet la convergence, mais il n’est pas cette convergence elle-même.
La Noosphère n’est pas uniquement de l’ordre des idées et de l’information, c’est-à-dire en définitive du domaine mental et intellectuel.

La Noosphère est une réalité qui concerne le domaine de la spiritualité, et la convergence se fait au niveau des centres humains conscients.

Il ne faudrait donc pas assimiler les moyens avec le but. Tout ce qui permet la convergence est bon pour la Noosphère, et dans ce contexte, Internet est un outil précieux, mais il ne doit pas devenir une finalité.
Le but c’est l’unification des centres humains qui s’achève dans le Point Oméga qui est une réalité qui dépasse infiniment le monde de l’Internet.

Daniel Robin, du collectif Vertical-Project.
 

Pour mieux comprendre ce que sont le Projet Humain Global et la Noosphère, reportez-vous au livre intitulé : Civilisation Planétaire, le Projet Humain Global (Les éditions Québec-Livres, mars 2016).

Le site officiel du livre : civilisationplanetaire.com
Le site de l’éditeur : quebec-livres.com

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