L’axe vertical qui doit unir le Ciel et la Terre

Publié le 15.06.2016

1) Pourquoi Vertical -Project ?

Le nom de notre projet indique clairement que la dimension verticale de l’être humain est au centre de nos préoccupations. Cette dimension verticale, l’être humain l’incarne déjà par sa physiologie avec sa colonne vertébrale et sa position debout. A cette verticalité corporelle s’ajoute une verticalité psychique et intellectuelle puisque l’homme se distingue par une vie psychique complexe qui fait la part entre des émotions que nous pouvons qualifier de primaires (colère, jalousie, haine, etc.) et des émotions subtiles qui sont le résultat de préoccupations plus élevées (compassion, amour de l’autre, sentiments du bien et du beau, fraternité, etc.). Au point de vue intellectuel, inutile de souligner combien nous trouvons élevées les travaux des sciences, des techniques et des arts, qui font de nous êtres de culture capables de bâtir des civilisations brillantes. Mais ce qui fait la spécificité de l’être humain c’est sa dimension spirituelle qui est liée à ses différents états de conscience. Cette dimension spirituelle est verticale parce qu’elle suppose une ascension vers des états d’être et de conscience toujours plus élevés. Donc, nous sommes tirés vers le haut selon un axe vertical parce que nous sommes capables d’exprimer des émotions subtiles, d’effectuer des travaux intellectuels d’une grande complexité, et surtout parce que nous sommes relier à une réalité transcendante qui nous dépasse. Nous avons en nous quelque chose qui n’est pas de ce monde et qui se trouve en quelque sorte au-dessus de notre condition corporelle, nos émotions, et notre intelligence.


2) L’homme entre Ciel et Terre.

Selon la Tradition, j’entends la Tradition Primordiale à partir de laquelle seraient issues toutes les autres Traditions spirituelles particulières qui ne seraient que des adaptations de celle-ci dans l’espace et le temps, l’homme occupe une place intermédiaire entre le Ciel et la Terre. La jonction (la conjonction), et la réconciliation entre le Ciel et la Terre doit s’opérer en lui. J’ajoute même que cette jonction de la nature céleste et de la nature terrestre de l’être humain ne peut se réaliser que dans l’incarnation terrestre. C’est sur Terre, et dans la condition humaine, que doit s’effectuer la réconciliation du Ciel et de la Terre. C’est l’une des caractéristiques de la destinée humaine et sans doute la raison principale de son incarnation. Symboliquement, le Ciel est « circulaire » et représente l’Esprit (infini), la Terre est « carrée » et représente la matière (fini). De ce point de vue, nous pouvons dire que l’homme est situé entre les forces d’en haut (célestes) et les forces d’en bas (terrestres). L’homme doit donc s’efforcer d’opérer la jonction, en son centre, des forces célestes et des forces terrestres. Pour utiliser un terme d’informatique, il doit « connecter » le haut et le bas et ouvrir son centre/cœur. S’il y parvient, il réalisera l’état d’Homme Parfait, il sera véritablement Homme (Homme Primordial ou Adam Kadmon dans la Kabbale).

L’une des caractéristiques de l’état humain est la verticalité. En effet, l’homme est un être qui est vertical, extérieurement et intérieurement. Il est vertical extérieurement dans son corps qui est dressé verticalement par la colonne vertébrale. Il l’est intérieurement parce qu’il est lié au Ciel vers le Haut, et lié à la Terre vers le Bas. Cette verticalité essentielle implique que l’homme est traversé par un axe. C’est sur cet axe que doit s’opérer la jonction du Ciel et de la Terre. La « connexion » entre le Haut et le Bas ne peut s’effectuer que lorsqu’est réalisé un « alignement » parfait entre le corps (matière), l’âme (énergie, psychisme), et l’Esprit (information, conscience). Cet alignement est à rapprocher de la « rectitude » (caractère de ce qui est droit) et de la « rectification » qui se présentent sur le chemin initiatique. Pour réussir l’ouverture complète du centre/cœur, il faut donc parvenir à « aligner » sur un même axe : l’Esprit, l’Ame (ou énergies psychiques) et le corps.


3) Unir le Ciel et la Terre.

En tant qu’être intermédiaire, l’être humain doit unir le Ciel et la Terre, l’Esprit et la matière. Comme le disait si justement Sri Aurobindo, il doit spiritualiser la matière et le monde. L’homme est une sorte de « médium ». C’est lorsqu’il s’est imprégné de son statut particulier, et qu’il a bien intégré la raison pour laquelle il est incarné sur la Terre, que la « connexion » peut s’établir entre le Haut et le Bas. Dans un sens, l’homme est un « pont » entre l’Esprit et la Matière, entre les énergies d’en Haut et celles d’en Bas, entre les potentialités inférieures de son être et ses possibilités supérieures. Dans le fond, l’être humain n’existe que pour remplir et exercer cette fonction de « pont ».

L’homme est fondamentalement (dans son essence) un être religieux parce qu’il a la capacité de relier le Ciel et la Terre. Le mot religion vient d’ailleurs de religare qui signifie relier. La vraie religion de l’homme religieux est celle qui a pour tâche de relier le Ciel et la Terre. Lorsque l’homme réalise pleinement sa double nature qui est Matière et Esprit, la liaison peut alors se faire entre le Ciel et la Terre. L’homme est à la fois un être matériel et un être spirituel, c’est sa condition sur Terre, il ne peut pas y échapper. Nous sommes dans le manifesté et nous avons une forme corporelle. Nous devons assumer jusqu’au bout cet état et cette position qui peut certes apparaître comme très inconfortable à première vue, mais qui est en réalité un privilège puisque nous avons une mission de la plus haute importance à réaliser ici-bas.

Ci-dessus : planche inaugurale du Mutus Liber, Bibliotheca Chemica Curiosa, Mangetus,  1702. Ce n’est pas sans raison que l’un des livres les plus importants du corpus alchimique  commence par une représentation de l’Echelle de Jacob. Nous voyons que cette Echelle  relie le Ciel et la Terre, le Haut et le Bas, l’Eprit et la Matière. Des Anges montent et  descendent le long de l’Echelle en sonnant de la trompette. L’Ange situé au bas de l’Echelle  semble diriger son instrument dans la direction de Jacob comme s’il cherchait à l’éveiller à  la vraie réalité (les réalités spirituelles) en le tirant de son sommeil (la vie ordinaire).  L’Echelle de Jacob est l’Axis Mundi (l’Axe du Monde) qui est la Voie vers les états  supérieurs de l’être. Les Anges qui montent et qui descendent sont les « états angéliques »,  c’est-à-dire les états d’être qui sont spécifiques à chaque degré d’élévation le long de cette  Echelle. L’Echelle est la représentation de la quête initiatique et de ses différents degrés.  Comme toujours et dans toutes les traditions spirituelles authentiques, il s’agit d’un axe  central qui relie la Terre au Ciel. Jacob s’est endormi sur une Pierre, et le nom de cette  Pierre est Beith-El. C’est la « Maison de Dieu » et la « Porte des Cieux ». L’Echelle a deux  montants latéraux est reliées par des échelons horizontaux qui sont autant de degrés de  réalisation intérieure. Les deux montants verticaux correspondent à la dualité de « l’Arbre  de la Science » du Bien et du Mal, et aux deux serpents du caducée hermétique .


4) L’Omphalos, origine de la civilisation grecque.

Dans l’antiquité grecque, le point de rencontre entre le Ciel et la Terre était matérialisé par une pierre qui s’appelait l’Omphalos. Cette pierre marquait l’endroit où le plan vertical, l’énergie spirituelle d’origine céleste (Zeus), rencontrait le plan horizontal terrestre (espace/temps et matière) comme le montre la figure ci-dessus. C’est de ce point de rencontre entre deux plans de réalité que naîtra la civilisation grecque. Sans la création d’un point central et primordial (polaire) aucune civilisation digne de ce nom n’est possible.

Le pôle central d’une civilisation est la source de sa puissance spirituelle. Sans cette source, la civilisation n’a aucune chance d’exister sur le long terme et de se déployer dans l’espace/temps. C’est pour cette raison qu’une civilisation planétaire de Type I aura besoin d’un centre spirituel de niveau planétaire dont la forme extérieure visible par tous pourrait être très différente de toutes celles que nous avons connu jusqu’à présent (une pierre, un site naturel, un édifice sacré, un être humain isolé). Il n’est pas certain, en effet, qu’une spiritualité de Type I ait besoin d’un "centre spirituel" initial matérialisé et incarné dans un seul être humain comme ce fut le cas pour les grandes religions qui sont apparues sur notre planète. S’agissant d’une spiritualité planétaire, le centre initial devrait être partout.

Pour paraphraser la célèbre formule de Pascal qui dit que « Dieu est une sphère infinie dont le centre est partout et la circonférence nulle part », de même je peux dire qu’une spiritualité planétaire de Type I est une « sphère » qui « enveloppe » la Terre, dont le centre est partout et la circonférence nulle part. La différence étant que la « sphère » spirituelle de Type I n’est pas infinie comme Dieu, mais circonscrite à notre globe. Le centre initial d’une spiritualité planétaire pourrait être en chacun de nous, au centre de chaque être humain. Il serait partout où il y a des hommes. Le pôle central et la source spirituelle d’une civilisation de Type I ne serait ni un être humain isolé, ni une montagne ou un quelconque site naturel, ni un édifice sacré, ni une pierre, ni un objet spécial. La source spirituelle devrait être répartie uniformément à la surface de la Terre et surgir du plus profond de notre être. Chaque homme serait la source.

L’Omphalos le plus connu de la civilisation grecque est celui de Delphes. L’Omphalos du temple de Delphes représentait le centre spirituel de la Grèce antique. La représentation de l’Omphalos était généralement une pierre sacrée, ce qu’on appelle souvent un bétyle. Cette pierre spéciale était donc comme la représentation du centre du monde. Dans les civilisations traditionnelles, la notion de centre du monde n’était pas à prendre au sens littéral. Elle avait de multiples significations et concernait des réalités qui allaient bien au-delà de notre monde matériel.

Le mot Omphalos signifie ombilic en grec ancien, mais il désigne aussi tout ce qui est central et plus spécialement le moyeu immobile d’une roue. L’Omphalos représentait le « centre du monde » car dans le symbolisme ancien, la roue (la circonférence) représentait le « Monde » en un sens universel, c’est-à-dire tout ce qui existe ou la « manifestation ». L’Omphalos prenait cette signification lorsqu’il était placé dans un lieu qui était simplement le centre d’une région déterminée, centre spirituel d’ailleurs, bien plus que centre géographique. Aujourd’hui à Delphes, l’Omphalos le plus connu - mais qui n’est qu’une représentation d’un autre plus ancien - est celui communément appelé l’omphalos de marbre de Delphes. Il est en marbre blanc, de forme ogivale mousse, orné de bandelettes (signes de vénération pour les objets sacrés) sculptées dans la masse. Il existe cependant à Delphes un autre omphalos qui est en pierre locale grise polie et qui ne comporte pas d’ornements. Son sommet un peu aplati semble destiné également à porter quelque chose.

Ci-dessus : L’Omphalos de Delphes en marbre est revêtu de l’agrigon ou filet (Ve siècle av. J.-C. Musée archéologique). L’Omphalos est considéré comme étant le « nombril du monde ». La légende dit qu’un jour, alors que les dieux s’ennuyaient sur l’Olympe, ils décidèrent de définir l’emplacement du centre du monde. Zeus envoya deux aigles, chacun partant des extrémités du monde : l’un vers l’Orient et l’autre vers l’Occident. La légende raconte que les oiseaux se croisèrent au-dessus du site antique de Delphes (plan terrestre). Zeus (l’énergie spirituelle céleste) laissa alors tomber une pierre sacrée (omphalos) que les grecs baptisèrent par la suite le « nombril du monde ».