La conscience élargie des experiencers de NDE

Publié le 08.06.2016

Un grand nombre de témoignages de personnes ayant vécu une EMI affirme qu’à la suite de leur décorporation, elles ont senti un élargissement de leur champ de conscience. À titre d’hypothèse, accréditons ces témoignages pour voir où nous ils nous mènent.


Une des premières caractéristiques liée à cet élargissement concerne l’abandon de la perspective. Ils déclarent voir les objets (par exemple leur lit d’hôpital où ils se voient « en corps » allongés, tandis que leur champ de conscience semble flotter au plafond), non pas selon une seule perspective, mais selon toutes les perspectives. Ils déclarent voir simultanément toutes les faces d’un même objet (de face, par l’arrière, dessus, dessous). Il semble acquérir ce qu’on pourrait appeler une « perspective totale », ou mieux, dépasser le niveau des perspectives, puisque celles-ci  sont intimement liées aux lois de l’optique et à la manière dont la lumière transporte l’image des objets dans le fond de notre rétine, en fonction de notre position d’observateur.

La perception physique suit les lois de la perspective


Ici, en toute logique, il n’y plus de « position de l’observateur » puisqu’il n’y a plus ni corps, ni globe oculaire, ni rétine. Nous ne sommes plus dans l’ordre d’une perception physique (phénoménale), mais dans celui d’une perception nouménale. Que signifie ici « perception nouménale » ? Cette expression signifie que ce qui est perçu (la table d’hôpital dans tous ses aspects géométriques, sous toutes ses faces) ne l’est pas à la suite d’un processus physique par lequel les sens sont passivement affectés par les rayons lumineux qui véhiculent l’information. Autrement dit ce n’est pas la table qui « envoie » de l’information qui va ensuite être captée et interprétée par l’œil puis par le cerveau, via le nerf optique. 

Perception simultanée de toutes les faces d’un même objet   (perception nouménale)

Comment alors la conscience désincarnée peut-elle percevoir la table, si ce n’est par un processus « d’affection » ? La seule réponse possible consiste à dire que la vision « multiface » de la table ne peut provenir que d’une communication entre une source émettrice active et la conscience désincarnée. « Active » dans le sens où c’est l’intentionnalité de cette source, son idéation, qui va produire l’image de la table. L’hypothèse qui est la mienne consiste à ramener à une part créatrice de nous-mêmes (l’âme ou l’âme collective) la responsabilité de cette production. Autrement dit, l’objectivité de notre monde sensible n’est que le produit d’un rêve, celui de l’âme collective chez qui l’écart entre l’objet et sa représentation n’existe plus : ce qui est pensé (ou imaginé) existe instantanément dès que cela est pensé (ou imaginé).
 
Cette hypothèse qui s’articule sur le pouvoir créateur de notre part voilée nous permet alors de donner la réponse suivante à la question : « comment la conscience désincarnée fait-elle pour percevoir les objets de sa chambre d’hôpital » ? :

Elle perçoit de l’information qui transite directement de l’âme/âme collective exactement comme un poste informatique envoie des paquets de données à un autre pour qu’apparaisse ensuite sur un écran des images, du son et de la couleur.
Je rajoute pour terminer que l’âme (le Soi) ne s’inscrivant pas dans l’espace et le temps, il est nécessaire que toute vision soit donnée dans la simultanéité puisque sortir du temps c’est sortir de l’expérience de la succession.
                                 

La simultanéité de la perception nouménale des experiencers de NDE est le fil conducteur qui doit maintenant être tiré, car il est riche d’enseignements.
 
Dans la perception courante (phénoménale) nous ne voyons jamais simultanément toutes les faces d’un même objet.  Nous découvrons celles-ci successivement,  en en faisant le tour, et cette propriété concerne n’importe quel objet qui se donne à voir dans une perception visuelle. En des termes plus abstraits, nous dirons alors que  jamais aucun objet ne nous donne intégralement et simultanément toute l’information qui le constitue ou qui le caractérise. 
 
Cette propriété n’est pas due à l’objet lui-même, mais à notre condition incarnée qui est celle de la finitude. Notre corps et notre cerveau ne peuvent recevoir et traiter qu’une infime partie de l’information extérieure et c’est en ce sens qu’ils constituent un filtre rétrécissant de la Réalité.  Ce rétrécissement explique notre dimension temporelle et la nécessité de l’expérience de la succession. Si nous pouvions recevoir d’un coup l’information totale, nous ne serions jamais dans le temps, car l’information n’aurait plus à nous parvenir « petit bout » par « petit bout ».
 
Imaginons un grand cercle. Une minuscule fourmi ne peut en prendre connaissance qu’en en faisant le tour, progressivement, en parcourant toute la trajectoire qu’il déploie, tandis qu’un observateur humain verra d’un seul coup d’œil l’ensemble du cercle. Sa vision n’exige aucune temporalité pour l’appréhender, la succession de phases n’est pas nécessaire à son aperception. Et dans cet exemple, la fourmi symbolise le moi incarné, tandis que l’observateur humain représente ici le moi désincarné, libéré de la sujétion à cette interface que constitue le cerveau.