De la promenade des Anglais à la Paix universelle

De la promenade des Anglais à la Paix universelle
Publié le 26.07.2016 | Par Daniel Goodwine, du collectif Vertical-Project

Un idéal qui n’a rien d’une promenade de santé

"Habituez-vous à vivre avec le terrorisme" assénait Manuel Valls, le 23 janvier 2015, au lendemain de l’attentat contre Charlie Hebdo et l’Hyper Cacher. Suivirent, en novembre 2015, les tragiques événements de Paris, avec le massacre au Bataclan. Le 14 juillet 2016, jour de la fête nationale française, un camion frigorifique de 19 tonnes fauchait 84 vies sur la promenade des Anglais à Nice - dont une dizaine d’enfants, dans un acte terroriste d’une rare ignominie.

Vivre avec le terrorisme, c’est chose faite. S’y habituer prendra plus de temps, Monsieur le Premier Ministre.

terrorisme

Voyez-vous, même les Irakiens, eux qui déplorent en moyenne 500 morts par jour depuis la "guerre contre le terrorisme" lancée en 2003 par les États-Unis et ses vassaux, ne parviennent pas à s’y habituer. La preuve, les millions de réfugiés fuyant l’Irak ou la Syrie qui valent aux nations européennes une situation d’immigration massive que vous avez vous-même provoquée. Une invasion de l’Irak, faut-il le rappeler, justifiée par la présence d’hypothétiques "armes de destruction massive", finalement avérées inexistantes, avec en toile de fond la "démocratie" et les "droits de l’homme" en guise de sponsors moraux.

S’habituer à la terreur aveugle, à l’arbitraire mortifère, non, nous n’y parviendrons pas. Par contre, en faisant appel à notre raison plutôt qu’à nos émotions et nos instincts les plus vils, nous pouvons essayer de comprendre, à commencer par analyser les causes et esquisser les solutions d’une sortie de crise, prélude possible à une paix universelle durable. 

ingérence militaire

Eux et nous

En dépit des multiples conflits – guerres civiles ou entre États, inter-religieuses ou inter-ethniques -, je reste convaincu que le 99% des êtres humains aspire à vivre en paix. Alors pourquoi tant de haine, tant de guerres ?

Les dispositifs en place dans nos systèmes post-démocratiques occidentaux exigent que la population vote ou élise des représentants dont elle partage une proximité d’idées, de sensibilités identitaires, économiques ou d’intérêts (être de "gauche", de "droite", conservateur, progressiste, libéral, social, etc.). Le Droit investi ensuite l’élu de pouvoirs particuliers, et celui-ci s’engage à appliquer le programme ou les idées "vendues" à l’origine de la victoire électorale. Ça, c’est pour la théorie.

En pratique, c’est différent, comme vous l’avez probablement remarqué. La politique a cela de particulier qu’elle attire, plus que d’autres domaines, des individus obsédés par le pouvoir. Ceux qui s’investissent sincèrement pour le bien commun, par humanisme ou idéalisme, finissent généralement par abandonner. Pourquoi ? Parce que la politique est un milieu souvent immoral, et toujours impitoyable où coups bas et trahisons sont la règle. Pour réussir en politique, nul besoin d’être particulièrement intelligent ou travailleur. L’absence de scrupules, la résistance et la persévérance, la ruse et la malice suffisent. Ajoutez-y un carnet d’adresses bien fourni et l’appartenance aux réseaux qui comptent.

Particulièrement au moment des élections, hommes et femmes politiques excellents dans le registre de la séduction et de la manipulation. Ils se transforment en produits, en marchandises. Ils vous manipulent par l’émotion la plus forte et la plus négative qui soit, la peur. Peur du chômage, angoisse sur l’insécurité, inquiétude sur l’immigration. Pour, ensuite, vous permettre monts et merveilles. « Mon véritable adversaire, c’est le monde de la finance » dénonçait Hollande en pleine campagne électorale. Résultat ? Emmanuel Macron, ex-banquier d’affaires de la banque Rothschild désigné comme ministre de l’Économie.

Le plus pathétique, ce n’est même pas la classe politique qui "se prostitue", prête à tuer pères et mères pour accéder au pouvoir, mais bien les électeurs qui choisissent, à chaque élection, un nouveau maître qui finira par les trahir. Bien que systématiquement trahis, les mougeons (mi-moutons, mi-pigeons) délèguent, par le vote, leur pouvoir de décision et d’action à un parti ou un candidat. Encore et encore. Les moutons se laissent berner, manipuler, pigeonner, indéfiniment. On comprend mieux le mépris que leur porte la classe politique. Comment respecter un peuple qui ne se respecte pas ? Oui, nous, les sans-dents.

Un cas d’école, c’est François Hollande. Il n’a jamais travaillé, ne sait pas ce que cela signifie. Dès le début de son mandat, il a amplement prouvé qu’il est l’incarnation de l’incompétence et de la nullité dans tous les domaines. Cela dit, c’est une bête politique. Il l’a démontré en arrivant à la plus haute place de l’appareil étatique. Car Hollande est, pour ainsi dire, programmé dès la naissance pour réussir en politique. Pourquoi ? Parce que c’est pervers narcissique, une forme de psychopathologie rare, mais surreprésentée dans les sphères dirigeantes en entreprises ou à la tête des États. Le Président des Français est bel et bien atteint d’une maladie psychique, lui qui « prend les gens pour des incapables qui ont besoin tantôt de l’aide de l’État, tantôt d’être guidés face au péril populiste, tantôt d’être défendus contre les terroristes », comme l’expliquait récemment un psychiatre.  Ce psychiatre ajoutait que « Hollande est à l’origine de la mauvaise image que la France a d’elle-même. Hollande a besoin de la faiblesse du pays pour se régénérer, il s’en nourrit, il nous rappelle que sans lui nous ne sommes rien ». Hollande le psychopathe, Hollande le parasite.

À l’instar de nombreux hommes politiques, tout indique qu’il n’y a qu’une seule chose qui intéresse le Président français : sa personne. Il se sert du pouvoir, recherche le pouvoir pour le pouvoir. L’ego, le pouvoir personnel comme seul horizon, comme projet politique et vision pour la France.

Quand il n’agit pas en monarque des temps modernes, l’Homo Politicus travaille pour l’über-classe qui l’a propulsé au pouvoir, généralement par le truchement du financement de sa campagne, avec post-validation par un vote populaire balisé par de subtils mécanismes (bipartisme, nature même des processus électoraux, etc.) conduisant à  un résultat de parodie de démocratie. Cette über-classe, hyper-classe, c’est celle qui représente 1% de la population et qui s’accapare 50% de la richesse, que ce soit aux États-Unis, en Suisse ou dans le monde.  Globalisée, apatride, fluide et mouvante, elle s’est constituée en réseaux, est représentée par la Finance internationale, les multinationales de la pharmaceutique, de l’agro-alimentaire, de l’industrie médiatique et les lobbies. Cette hyper-classe a son propre agenda – ultralibéralisme, disparition des États nations, transhumanisme, mondialisme – auquel la soi-disant "classe dirigeante" a devoir de soumission. Un agenda qui s’oppose violemment aux volontés populaires, imposé et appliqué au forceps.  
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La géopolitique du chaos

Obsession maladive pour le pouvoir et soumission à l’über-classe sont les principales raisons pour lesquelles « nous sommes gouvernés par des pompiers pyromanes qui sont les vrais responsables de ce que nous sommes en train de vivre », comme le dénonçait justement Éric Cantona, en réaction à l’attentat de Nice.

Pour accélérer l’agenda de l’hyper-classe, la classe politique procède d’une politique à la Machiavel, où la fin justifie les moyens. Elle n’hésite pas à gouverner par le chaos. Ainsi, au nom des valeurs occidentales et contre la volonté des peuples européens, l’Irak est envahi, l’Afghanistan est bombardé, la Lybie et la Syrie subissent une profonde ingérence.

Gabriel Galice, président de l’Institut international de recherches pour la paix, analyse : « l’intervention en Syrie pour protéger le peuple, ce n’était que de la rhétorique. On dit que le régime syrien a réprimandé avec violence un début de printemps arabe et que c’est comme cela que tout a commencé. Mais il y a des câbles diplomatiques datant de 5 ans avant les printemps arabes qui montrent clairement la volonté des États-Unis d’intervenir en Syrie et au Moyen-Orient ».

D’une manière complètement incompréhensible, il est décidé de diaboliser Poutine-le-dissident alors qu’il devrait être notre ami, notre allié et partenaire naturel. Dans le même temps, nos dirigeants soutiennent les terroristes islamiques afin de combattre des ennemis imaginaires, tel Bachar Al-Assad. Dans une lettre ouverte à Hollande, l’essayiste Jean Bricmont écrit : « depuis votre élection, vous prétendez lutter sans ménagement contre les organisations terroristes. Mais, en réalité, tout donne à penser que vous avez fait exactement le contraire. Car au lieu de combattre le mal, vous avez concentré vos efforts contre ceux qui tentaient de le terrasser. Vous nous disiez que vous combattiez le terrorisme, mais vous n’aviez de cesse de diaboliser et de combattre la Syrie de Bachar Al-Assad ».

N’oublions pas que l’État islamique est une création indirecte de nos chefs d’Etats. Le noyau de l’État islamique est constitué des officiers et sous-officiers de l’armée de Saddam Hussein détruit par les armées occidentales. Plus récemment, François Hollande et Laurent Fabius se sont vantés d’armer Al-Nosra, une franchise d’Al-Qaïda pour contrer l’État Islamique, lui-même initialement instrumentalisé pour déstabiliser la Syrie, mais devenu rapidement incontrôlable. Rappelons aussi que jusqu’à Jacques Chirac, la France n’avait que des amis et des alliés dans le monde arabe. Avec Sarkozy l’Américain et l’entrée dans l’OTAN, tout allait changer : les amis d’hier sont devenus les ennemis d’aujourd’hui.

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Le chaos importé

Dans une lettre ouverte à Hollande, le politologue Bruno Guige interpelle : « vous aurez beau tenter d’occulter vos responsabilités, chacun voit que les attentats commis en France sont le résultat de votre politique. Pourquoi n’y a-t-il aucun attentat en Italie, en Argentine, au Japon ? (…) Avec George W. Bush, les États-Unis ont eu leur Dr Frankenstein, l’apprenti sorcier de la géopolitique du chaos. Avec vous, c’est match nul. Les Français ont désormais le leur ».

On oublie un peu trop vite que les principales victimes du terrorisme sont de confession musulmane. La guerre contre le terrorisme lancée par les États-Unis consécutive aux attentats du 11 septembre 2011 a causé en douze ans de la mort d’au moins 1,3 million de personnes en Irak, Afghanistan et au Pakistan. Depuis l’invasion surréaliste de l’Irak en 2003, on décompte en moyenne 500 morts par jour, le pays ayant basculé dans le chaos et la barbarie.

Éric Cantona surenchérit : « en Afghanistan, en Irak, en Libye, au Tchad, en Syrie, nous avons semé la mort et la terreur. Nous avons voulu imposer « la démocratie » à coups de bombes (…). Nous avons infligé tellement de souffrances qu’aujourd’hui nous récoltons ce que nous avons semé. À force de semer la haine, le racisme et la mort, nous, nous récoltons le terrorisme et la peur ».

Gabriel Galice analyse : « en s’ingérant en Syrie, en Irak ou en Libye, les gouvernements occidentaux pensaient qu’il y aurait des dommages sur place, inévitables, mais on ne s’attendait pas à ce que la riposte soit sur notre sol ». Et ce qui devait arriver arriva : le sang et les larmes importés dans nos rues, dans nos stades, dans nos transports en commun, dans nos salles de concert. A quand les écoles et les hôpitaux ?


La question du fanatisme islamique

On entend dire que « tous les terroristes sont musulmans mais que tous les musulmans ne sont pas des terroristes ». Y a-t-il incompatibilité entre l’Occident et l’Islam ? Au-delà des ingérences néo-colonialistes des puissances occidentales au Moyen-Orient, plusieurs observations et réflexions viennent éclairer cette interrogation :

Le système actuel de gouvernance mondial, duquel émerge un système économique soumis aux dogmes de l’ultra-libéralisme et du capitalisme débridé, produit des inégalités croissantes et engendre de la marginalisation en masse. Sont spécifiquement touchés par ce phénomène le monde arabo-musulman ainsi que les ressortissants d’origine musulmane installés en Occident (par exemple, les "jeunes des cités"). Cette marginalisation engendre du ressentiment, de la frustration et de l’amertume.

Si le monde arabo-musulman ne figure pas parmi les gagnants du processus de la globalisation économique, ce n’est pas parce que les habitants de cette partie du globe sont plus stupides ou paresseux que la moyenne des citoyens du monde. C’est, à mon avis, parce que le logiciel et les dogmes islamiques, s’ils sont observés scrupuleusement, sont incompatibles avec les clefs, les facteurs de succès du jeu de la globalisation, dans cette concurrence acharnée que se livrent les nations entre elles. Le processus de globalisation s’accélérant et l’Islam étant par nature incapable de se réformer, la situation est condamnée à se péjorer dans cette partie du monde. Autrement dit, le totalitarisme du logiciel islamique est incompatible avec le totalitarisme du Marché globalisé.

De tout temps, l’extrémisme a emprunté des thématiques nationalistes, religieuses, ethniques ou idéologiques. Ramenées à un niveau individuel, on observe que les racines du terrorisme islamique sont l’ignorance, l’incompréhension, la peur, la colère, la haine dans un cadre de prêt à penser emprunter au Coran. Peut-on raisonnablement penser que la récompense divine à un massacre d’enfants, c’est un paquet de vierges à baiser ?


Esquisses pour une sortie de crise

En guise de conclusion, plusieurs leçons à tirer de cet essai :

1. La classe politique dirigeante n’a pas de solution durable à offrir à la question du terrorisme islamique puisqu’elle fait partie du problème en l’alimentant. Le plus utile qu’elle puisse faire, c’est se désengager des différents théâtres des opérations et cesser immédiatement toute ingérence. Mais, comme l’a écrit Machiavel : « on entre dans la guerre quand on veut, et on en sort quand on peut ». Au lendemain des attentats du 11 septembre, les États-Unis avaient appliqué la loi du talion en ciblant des nations plus ou moins impliquées dans les actes terroristes. Avec les désastreux résultats que l’on connaît. Ces erreurs ne doivent pas être répétées. Gandhi disait qu’à appliquer la loi de l’œil pour l’œil, l’humanité finira aveugles. Nous n’offrons plus que la guerre comme réponse. La même réponse que les terroristes.

2. Le cadre des religions doit être dépassé et remplacé par une spiritualité laïcisée, ancrée dans la pratique. C’est par l’instruction et l’éducation que ce cadre sera dépassé.

3. La guerre contre le terrorisme est perdue d’avance si on le combat avec des méthodes classiques. Les actions terroristes sont multiformes, décentralisées, en mode guérilla. On ne combat pas l’ignorance, la haine et l’esprit de vengeance par des bombes, mais, une fois de plus, par l’instruction et l’éducation.

4. Se reposer sur nos dirigeants pour résoudre la crise est pure folie. C’est à chacun d’entre nous, à son niveau et avec ses moyens, dans ses pensées et ses actes au quotidien, à devenir un agent du changement. Je ne parle pas d’allumer des bougies, de dessiner des cœurs à la craie sur le sol ou de poster des statuts "Je suis Nice" sur les réseaux sociaux, mais d’ancrer l’action dans le concret. Se ré-informer pour échapper à la désinformation médiatique et à la propagande d’État ; dénoncer et sanctionner le Pouvoir ; créer des liens et du sens ; instruire et éduquer pour éradiquer les facteurs d’ignorance et d’incompréhension. Plutôt dans le réel que dans le virtuel. C’est un travail ambitieux, de longue haleine, mais l’idéal de paix universelle est à ce prix.

Daniel Goodwine